le lieu
ils tiennent les rôles de maçons, plâtriers , carreleurs , tapissiers , décorateurs , peintres-équilibristes pour procéder aux transformations qui s’imposaient. Avec leur équipe, ils firent tout ou presque de leurs propres mains.Forte de ses études de dessinatrice en architecture métallique Bétina réalisa elle-même les plans du futur théâtre, comportant le métrage du bâtiment et les schémas d’aménagements. Elle alla jusqu’à demander au chef de chantier de l’ancien hôpital,la permission d’enlever des pierres de la chapelle après sa destruction.Il lui donna deux jours « pour prendre ce que je voulais » se souvient Bétina.le theatre Cette générosité n’était pas sans arrière-pensée. En effet, chaque pierre pesait 80 à 100 kilos et le technicien , peut-être un peu macho , ne pensait pas qu’elle y parviendrait seule.C’était sans compter sur la tenace volonté de sa visiteuse au caractère bien trempé. Quel ne fut pas son étonne- -ment quand il vit qu’à l’ aide d’ un diable cette petite bonne femme avait bel et bien réussi à transporter pas moins d’ une trentaine de pierres . Aujourd’ hui,quand on choque le verre de l’amitié lors des réceptions à la Saint-Sylvestre , les réveil- -lonneurs sont loin de se douter que le comptoir près duquel ils se rassemblent , au foyer du théâtre, est construit sur les vestiges d’ un lieu sacré qui perpétue son souvenir. Mais les spectateurs sont loin d’imaginer eux aussi que les bancs en bois qui équipent les derniers rangs de la salle ont été choisis sur un catalogue de bancs d' église pour cause de conformité avec les règles de sécurité et ....d'économie ! « Nous n’ avions pas les moyens d’ acquérir un équipement assorti », explique Alain.Plus tard,une annonce est publiée dans un «gratuit» : « fauteuils de cinéma à vendre 20 frs pièce si démontés sur place».Sitôt dit,sitôt fait,nos inlassables bâtisseurs prennent les routes sinueuses vers un petit cinéma de montagne . « Mais avant de les installer , nous avions fait voter le public pour savoir s’il voulait garder les bancs en bois ou les fauteuils de cinéma. Au dépouillement c’était du 50-50 . Un peu plus et on restait avec nos fauteuils ...sur les bras ! » A l’automne 83 , ce n’est pas sans émotion et avec une légitime fierté que Bétina et Alain inaugurèrent « leur » théâtre,fruit de leur travail,de leur courage et de leur passion. C’est une salle de spectacle de 250 places.Pour cette «première» ils interprétèrent la pièce de Jean Claude Grumberg, « Rixe ». Bien des artistes de renom ont fait leurs débuts sur la scène paloise.

Ces 20 dernières années , 80 000 spectateurs ont assisté aux 257spectacles qui y ont été programmés.Cette fidélité au fil du temps est un gage d’avenir.
le lieu

On ne se lance pas dans une telle aventure sans avoir la rage de se battre. Oublier les années de galères des débuts de la Cie Minotaure reviendrait à éluder les mérites qui lui ont permis de survivre. le lieuCe serait tenir pour épreuve négligeable le temps où Alain Destandau,donnait ses premiers cours de théâtre dans un modeste appartement,vétuste,sans chauffage rue Serviez. Il s’avéra très vite qu’il ne pouvait poursuivre ses activités dans ce décor étroit,misérable et inadapté. L’idée de disposer d’un espace plus grand s’imposait . Un jour il lit dans la presse locale une annonce qui propose des locaux correspondant à ses besoins. Il fonce,s’enthousiasme car tel est son tempérament,mais il essuie une douche froide le bail et le loyer sont nettement au-dessus des moyens de la Cie. Pourtant l’agent immobilier ne le lâche pas:«J’ai autre chose à vous proposer». t il l’amène dans un vaste entrepôt tout vide, situé 4, cours Bosquet, derrière l’ancien hôpital. C’est un chai à vin,au milieu duquel trône un monte-charge. Cet engin permettait de desservir les trois niveaux du lieu, pour y transporter les barriques et les caisses de bouteilles. On est en février 1981 : «Quand je découvre cet espace,en un éclair j’ai tout de suite imaginé le futur théâtre,celui dont je rêvais.C'est une défor- -mation d'esprit, quand je vois des entrepôts vides, j’y vois des théâtres, des lieux de rencontres entre les artistes et le public,raconte Alain. le lieuAffaire conclue.Les propriétaires sont des brasseurs, appartenant à une vieille famille paloise , les Campagnolle.Quant au nouveau locataire,la Cie Minotaure, il a déjà en tête le nom de baptême qu’ il donnera à sa prochaine salle de spectacles : ce sera le « Théâtre Monte- Charge » en souvenir de son passé historique, et aussi parce que le théâtre étant une charge parfois lourde à porter, y associer le nom d'un outil aidant à alléger son poids,conve- nait à tous. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est aussi à cette date que Bétina entre dans la vie d’Alain.A l’époque la ville de Lourdes lui avait confié sa première école de théâtre et la programmation des spectacles de l’association «L’atelier de l’oiseau bleu ». Elle avait invité la « Cie du Minotaure » à jouer« La double inconstance»de Marivaux.Ainsi le destin allait les unir définitivement, à la vie et au théâtre. Face à l’énorme chantier qui les attendait ils allaient démontrer qu’ils ne sont pas seulement des comédiens,mais qu’ils sont aussi capables d’être des « touche-à-tout ». Successivement,

Francophonie et métissage des cultures

le Theatre Monte Charge est une Compagnie de Création Internationale qui a créé son propre lieu de création à Pau et à Avignon